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أخر تحديث : vendredi 12 mai 2017 - 9:28

TEMOIGNAGE SUR MOHA BEHRI

(HOMMAGE RENDU PAR L’IRCAM LE 11 MAI 2017 A 15H).
Par Mohamed El Manouar
Il est souvent des personnes que l’on regrette d’avoir connues, d’avoir partagé avec elles une tranche de vie car quand elles disparaissent, quand elles nous quittent, elles nous laissent pantois ; elles nous laissent dans un vide, dans un silence assourdissant. Elles nous laissent des blessures indélébiles qui ne se cicatrisent jamais. Leurs fantômes vivent en permanence avec nous, nous collent à la peau, hantent votre vie.
Pour ceux qui l’avaient connu et côtoyé, feu Moha Behri était de ce genre, de cette espèce menacée d’extinction, autant la langue de bois, la complaisance étaient prédominantes et payantes.
La personnalité de Moha est immensément riche. Faudrait-il parler de l’homme amazighe dans ses subtilités et sa profondeur, du marginal jeté au bord de la chaussée, du journaliste intrépide et sans concession, de l’humaniste impénitent, du botaniste friand, de l’écrivain caustique, du poète alchimiste de mots, de l’iconoclaste meurtri ? Il était un monde enfermé dans un seul homme.

Moha naquit vers 1950 à Tighermt n ayt Ouchbab à Zawit Chikh dans le Moyen Atlas.
Lauréat de l’Institut supérieur de journalisme, il devint journaliste professionnel et collabora dans plusieurs organes de presse : (l’Opinion, le Matin, L’Authentique, Al Maghrib, Amazighe, Tifinaghe, Tidmi et Agraw Amazighe).
Des centaines d’articles sans concession, et plus d’une trentaine de nouvelles publiées dans plusieurs revues et journaux sont à son actif.
En 2002, une année avant sa mort, il est nommé membre du premier Conseil d’administration de l’IRCAM.
Son ouvrage « Etre ou ne plus être, séquences de vies de petites gens exilés dans leur peau », est un essai romancé publié par le centre Tariq Ibn Zyad en décembre 2002.
Tadjalt ou tahjjalt, la répudiée fut le premier titre de son projet de livre, mot prude qui cache souvent une autre nature. Il voulait donner, céder la parole aux marginaux, aux laissés pour compte. Il était, comme disait Jacques Berque, tasghert n wawal, l’arbre de la parole qui permettait aux langues de se délier. Et d’avouer « J’ai voulu écrire une œuvre utile et non « commettre » un livre de plus sur les rayons ».
Il aurait laissé plusieurs manuscrits dont on ne connait rien. Selon Moha Moukhlis, parmi ses écrites inédits figurent : un dictionnaire du vocabulaire de l’apiculture (français-amazighe), des dizaines de nouvelles et quelques romans. Peut être que son fils, ses amis intimes, Dr Ahmed Oudadess d’Aghbala, Houssa Lyaaqoubi et d’autres peuvent orienter le chercheur dans cette voie.
Ses grandes qualités sont la délicatesse, la modestie, l’humilité, l’espièglerie, l’humour, l’ancrage dans son milieu, dans sa culture, la proximité avec la montagne, les petites gens de la communauté amazighe confrontée aux vicissitudes de l’existence, l’intelligence, le mot d’esprit, le franc parler, la liberté. Il était prisonnier de sa liberté d’esprit et de son non conformisme. Il est, selon son préfacier Pr. Jilali Saib, un fin conteur d’histoires cocasses et de plaisanteries osées. Il n’avait de monture qu’un âne grincheux, une taraza et une barbe hirsute. Chacun de ces éléments cache toute une histoire.

Ph. A droite : de G à D : Feu Azaykou, Hha Oudadess, Ali Kheddaoui, Lhoussayne ayt Bahsin et feu Moha Behri

Moha était un virtuose des éléments de la nature (végétaux, insectes, animaux, reliefs…). Dans ses périples à travers l’Atlas, il empruntait souvent les transports publics.
Son préfacier, Pr. Jilali Saïb définit les grands principes de Moha :
Personne n’est supérieur à personne – l’égalité
Personne ne prescrit quoi que ce soit à personne – la liberté
Personne ne cherche à imposer sa manière de voir le monde à personne
Personne ne reçoit son autorité d’ailleurs que la communauté et personne n’en est dépositaire indéfiniment
Moha était parfaitement conscient des enjeux et des dangers qui guettent l’Amazighité et postulait l’invasion rampante des « civilisations » dites supérieures et annonce son verdict : « C’est comme un billet de banque qu’on retire graduellement de la circulation »
Il prônait l’attachement aux valeurs de la tradition ancestrale amazighe ETRE, car autrement rien qui vaille NE PLUS ETRE.
Il était l’intellectuel qui avait donné un sens au réel. Il avait porté la flamme de l’amazighité au milieu de bourrasques. Il rejette l’artificiel ; il a horreur de la complexité, affirmait Hha Oudadess.
Il se prenait allègrement en dérision. Il avait publié une lettre à Agraw amazigh, en 2003, une lettre qui dénote d’un sarcastisme impénitent, qu’il a envoyée à Aghyul, attaché en son enclos à Tizi n Oughbalu, Asoul, Maroc :
« Cher frère,
« Tu ne cesses de me reprocher de toujours me frotter aux gens civilisés »
« Sois donc tranquille, je suis toujours ton frère et rien ne sert vraiment ici de faire autrement. Je suis toujours et vraiment un âne comme toi, tu sais »
« J’avais commencé comme toi à me taper tous les boulots fuis par les autres sans jamais en demander de rétribution, si ce n’est ma gerbe de paille quotidienne »
« Même étant ici avec le monde évolué, moi, en tant qu’âne respectable, j’ai toujours respecté les valeurs des ânes : le stoïque, la résignation, la rusticité, la sobriété, l’honneur et tout ce que tu connais mais qui n’ont plus cours parmi ces hommes »
« Dans ce pays, franchement, avec une telle structure sociale et de telles mentalités, je conseille à tous les nôtres de rester des ânes ».
Moha était un homme qui a brulé sa vie en peu de temps et me rappelle dans sa substance celle, fugace, de Jacques Brel. Deux roses qui n’ont duré que l’espace d’un petit matin.
Lors d’une rencontre organisée par le parti de l’Istiqlal sous la thématique de l’arabisation du Maroc, Moha, le journaliste et le militant, avait posé une seule interrogation dérangeante et, de surcroit, lancinante : Si le Maroc est un pays arabe, nous n’avons pas besoin de l’arabiser, si il ne l’est pas, de quel droit vous voulez l’arabiser ?
Ironie de l’histoire, il écrivait dans « In mémorium », ces mots à l’endroit de son grand frère et ami H’ddou :
Iga H’ddou aghbalu illan g jaj i umalou
Adday ddi nawy azal
Ssitemgh a n’agem aman
Et de poursuivre :
« Je prête l’oreille, Ô H’ddou, et n’entends plus que le silence autour de ta dernière demeure.
Du plus loin des villes de la côte, des chansons d’Orient te cassent les oreilles, je sais…
N’as-tu pas entendu Tamazight casser ses chaînes ?
Il est vrai que tu es parti le jour même où était né pour Tamazight un petit espoir. Ce moment tant attendu par toi peut arriver…
Que n’as-tu pas attendu… !
Mais est-ce d’attente, un rossignol peut-il mourir ? »
Il avait choisi Aghbala avant sa mort en 2003. Dr Ahmed Oudadess, le connaissant condamné, l’avait recueilli chez lui, l’avait soigné pendant plus d’une année à Azaghar fal devenu un haut-lieu de pèlerinage où se rencontrent les artistes, les écrivains, les militants.
Feu Behri avait beaucoup d’amis. Il avait laissé, aux derniers jours de sa vie une sorte de testament : écrire une phrase amazighe en tifinagh gravée sur son épitaphe. Madame Meriem Demnati s’était occupée de la matérialiser ; Ali Amsobri s’était chargé de la ramener à Zawit Chikh après son décès :
Sur l’épitaphe, il y est gravé en tifinagh cette belle phrase:
TAYRI D LMUT UR LIN ASAFAR
L’amour et la mort n’ont point de remède.
Il gît au milieu des siens à zawit Chikh dans le territoire des gens de Dila et d’une importante communauté de confession juive installée notamment à Zawit n ayt Ishaq.
Plusieurs personnalités lui ont rendu des hommages émouvants. Hassan Aourid écrivait dans « A Dieu l’ami » :
« De tous les intellectuels amazighs, tu es celui qui tout en empruntant une langue étrangère, est resté authentique…Tu insufflais âme à un monde aux prises des convulsions du changement obérant. Tu réussissais le double exploit de retracer fidèlement des histoires anodines, et de leur imprimer une charge émotionnelle, voire idéologique… »
« Ta nouvelle « odeur de sainteté » demeure un chef-d’œuvre ».
Et de dire, un poète clame :
Hommes conçus
Dans les entrailles de l’intégrité
Vous qui, comme Moha Abehri
Avez sabré la putride ingratitude des hommes,
Le coupable, l’obstiné aveuglément
Des citadins profiteurs
L’odieuse injustice des scribes
Et l’exécrable trahison des poltrons.
(Athanase Vantchev de Thracy, Paris, le 9 et 10 juillet 2010)
Que Moha repose en paix dans la terre de ses ancêtres. Il aura allumé une petite bougie dans les ténèbres de l’obscurantisme rampant.
Moha ur immut, Moha immutti.
Tanmmirt.

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  • 1
    TAMAZIRTE says:

    OR DAY IKREZ AKAL N DADES KHES IZGAREN N DADES
    AYYUZ ET NOTRE HISTORIEN EL MONOUAR

  • 2

    tanmmirt i umatnegh mohamed El manouar s uydegh yara khef Bhiri;arass tinigh i oumqrane n Dades El manouar hatin dayakh tikkat inghmissen khef tmazirte n dades d tmurt n lmrok;tanmmirt nek bahra irghan

  • 3

    Merci beaucoup notre frére ;militant amazighe et Historien Mohamed EL Manouar;vos articles publiés sur Dades-info nous aide a enrichir les gens de notre région en ce qui concerne l’histoire et la culture amazighes;vous donnez beaucoup d’importance a notre région dans tout les niveaux et vous etes vraiment un vrais Dadsis ;un Dasis pur.Tanmmirt