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أخر تحديث : samedi 21 janvier 2017 - 9:56

MOHAMED AIT HAMZA, UN PARCOURS PROVIDENTIEL

– Témoignage et Hommage –
Par Mohamed EL MANOUAR

ⴰⵡⴰ ⴷⴰ ⵜⵅⵎⵎⴰⵎⵖ ⴷⴰ ⴽⴽⴰⵜⵖ ⵔⵔⴰⵢ
ⵉ ⵡⴰⵡⴰⵍ ⵎⴰⵜⵜⴰ ⵜⵙⴳⴰ ⵙⴰⵙ ⵏⵜⵜⵓⵖⵓⵍ
AWA DATTXEMMAMɣ DA KATTAɣ RRAY
IWAWAL MATTA TESGA S AS N TTUɣUL
Un livre ne suffirait pas à cerner la riche, passionnante et attachante personnalité de Mohamed Ait Hamza, de son vrai nom Mohamed U Muh U Nbarek n Ayt Taleb, ighas des Imzilen originaire de Bu Ouzagur de Dra, du village Amejgag des Imgun ; que dire d’un discours, d’un témoignage somme toute rapide, elliptique et fugace ?
Une fratrie composée de deux garçons (Muhmmad et Bra him) et de trois filles (Fadma, Tuda et Rqiyya).
Pour celles et ceux qui veulent connaître «  la répartition spatiale des foyers par lignage » de ce village du haut Mgun situé entre Ameskar au nord et Rbat au sud dans le Haut-Atlas, qu’ils se réfèrent à l’ouvrage de Mohamed Ait Hamza « Mobilité socio-spatiale et développement local au sud de l’Atlas (Dadès-Todgha) réédité par l’IRCAM en 2015, p. 37. Une façon de rendre hommage à l’ouvrage à travers ce personnage « hommagé », la formule est de Miloud Taïfi à l’occasion de l’hommage rendu au recteur Ahmed Boukous à la Faculté des lettres de Rabat le 15 décembre 2016.
Je suis certainement et à coup sûr l’un des rares, le seul rescapé à l’avoir côtoyé et accompagné pendant presque 57 ans avec des intermèdes depuis la petite école de Lqalâa n Imgun jusqu’à aujourd’hui en passant par la dernière étape de l’Université Mohamed V.
L’on se rappellera de Mme Chakir, Moïse, notre professeur de français qui demandait de lui traduire le poème amazighe de Muha u Muzun « ma y3ma badad am nk ayunu… » et l’insolite U3id, un gaillard rustre de Msemrir de répondre promptement : Messieu Badad c’est Batata, la pomme de terre. Ba Driss, notre prof de sport, un Merrakchi de pure souche n’avait de cesse de répéter : Dhen essir isir. On ne comprenait que dalle. Nos souvenirs communs vont également à nos professeurs d’arabe les Maatouqi Omar et Mohamed des Imghranes, nos prof d’anglais Mr Drexler, amazighophone qui nous mettait en correspondance avec des américaines de notre âge. Fantasmons, nous apprîmes l’anglais au bout de six mois à M. Paillet de Ouarzazate, El Afiya, El Mbarki, My Mustapha qu’on appelait Campa, Kintri, le hollandais Flint, Simoneau du lycée Mohammed V à Marrakech. De B. Boutaleb, Mohamed Zniber, M. Blin, B. Rosenberger de la Fac des lettres, nous gardons des souvenirs indélébiles.
Des études universitaires, ce n’était pas réussir qui nous importait, c’était réussir avec mention. La compétition était rude et sournoise.
Que de choses se sont passées depuis lors. Nous étions des vagabonds invétérés : Lqalâ, Boumalne, Ouarzazate, Marrakech, Rabat. De la région, nous étions les rares à réussir le Bac et à se lancer dans une aventure pour le moins hallucinante, au-delà de l’Atlas, ce centre factice que la périphérie a, des siècles durant, alimenté. D’esprit crédule, un sentiment de déracinement nous subjugait. Mogha, cette brute de militaire, cet esclavagiste impétueux, ce recruteur français pour les mines du Nord avait dégarni les rangs peu fournis de nos semblables les plus robustes. C’est une vie, c’est toute la vie, c’est même au-delà de l’espérance de vie. Une amitié qui a fortement résisté à l’usure du temps.
Si Mohamed est le produit d’un terroir, d’un milieu, d’une famille et d’une éthique.
Rien ne le prédestinait, ne nous prédestinait, à se lancer dans ce parcours atypique et fulgurant où le rêve et la réalité se mêlèrent en symbiose. Le sien est sans faute. Iconoclaste, pas autant que Louis Jean Calvet, n’est-ce pas M. le recteur ? Le mien fut autrement.
La personnalité de mon ami de toujours, de tous les temps est plurielle, riche et fascinante. Elle tient sur des caractères forces, des vertus cardinales : la sagesse, le calme, la modestie, la simplicité, la fidélité, l’humilité, la constance, la persévérance, la patience qui frôle l’abstinence. Des adjectifs qui qualifient et qui marquent sa personnalité, sa substance, que de peine j’aurai à les évoquer tous car nombreux et pluriels ils étaient et demeurent.
Qui a entendu Ait Hamza un jour crier ? Y a-il dans cet auditorium quelqu’un qui peut contredire ce que je viens de dire ? Dans le pire des cas, il manifeste sa colère par un simple geste anodin et, qui plus est, son amertume, par un sourire narquois. En revanche, il est un volcan d’apparence calme mais qui bouillonne de l’intérieur. Une force tranquille. Il s’inscrit, pour ainsi dire dans la philosophie gramscienne : le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté.
Par atavisme, les vertus congénitales aidant, sa personnalité est pétrie dans la sagesse, le calme, le mot d’esprit de son père Lm3llem Muh, 3mmi Muh U Nbarek, un grand artisan qui a abandonné son burnous de Mukhazni pour se consacrer à sa passion de dialoguer avec le bois et à le façonner à sa guise. Recruté, c’est trop dire, enrôlé, c’est plus près, kidnappé, c’est plus juste. Lm3ellem Muh n’avait pas besoin de parler. Un mot, un regard, un geste sont un discours fleuve. Brahim, son fils cadet, perpétue avec constance et sérénité l’œuvre, ce noble métier.
Studieuse, avenante, toute de sourire, économe, sa mère Lalla Fadma Ali du lignage des Ayt Uzineb, une Tamgunt sans couture apparente avec ses tresses, son costume, son accent enchanteur était la gardienne du temple. De sourire et de joie, elle était toute faite. De peu elle se satisfait. Ce peu la rendait encore plus généreuse. Elle partageait et transmettait à sa progéniture ses valeurs. Muh, ce bambin naquit dans la simplicité, la pureté de l’âme et de l’esprit. Amjgag, son village natal, fut transplanté dans cette bourgade de Lqalâa, le derb qui, sans elle, son école, Muh aurait connu un autre parcours singulièrement plus austère, moins stressant, plus limpide et plus frugal.
De la petite école de Lqalâa, il commença déjà à faire commerce. On jouait aux billes, il gagnait à chaque coup. A court de billes, on lui en rachetait, ce qui ruinait nos menues ressources. Il achetait les œufs à prix modique, les faisait cuire et les vendait aux voyageurs des transports publics piteux et de fortune de l’époque. Plus tard, que de miroirs, de cadres, de coffrets peints de ses doigts agiles meublaient et égayaient les chambres et les halls de certains hôtels du Sud.
D’ailleurs en habitant ensemble, pour quelque temps, chez Ghandi dans le quartier de l’Océan à Rabat en 1972, j’avais essayé de l’imiter dans son œuvre de créativité débordante en prenant maladroitement ses pinceaux, mais ce n’était que peine perdue.
Animateur, organisateur, mélomane, par ses mélodies d’Oum Keltoum, de Abdelwahhab, de Farid, il égayait nos périples périlleux, torrentueux en traversant les cols de l’Atlas et en sillonnant les plaines du plat pays. Il est, comme disait V. Hugo « un monde enfermé dans un homme ».
Nos chemins, nos sentes universitaires, bifurquèrent à partir de 1974. Historien, sans raconter d’histoires, je serai ; géographe, homme de terrain il deviendra, sillonnera monts et vallons, participera aux multiples rencontres, contribuera par son expertise au montage de plusieurs projets de développement durable de concert avec plusieurs partenaires, bureaux d’études, institutions, organisations nationales et internationales et devint ainsi l’une des incontournables icônes de la proximité. Il ne pouvait passer inaperçu. Moi, d’autres aventures nationales et internationales m’attendaient comme par inadvertance, mais les souvenirs d’enfance, d’adolescence et d’adulte restèrent gravés sur le marbre et non sur le sable.
La proximité, la promiscuité avec les Ayt Nbarek ne m’avait jamais quitté autant la fidélité, l’appartenance commune, étaient fortes. Waba Muh U Nbarek, son père et Muha U Lhu, mon père étaient liés d’amitié. La grande porte centrale de notre Tighermt familiale me rappelle, à chaque instant cet artisan de grand talent. Ces liens se renouvelleront, se revitaliseront dans l’enceinte de cette prestigieuse institution, l’IRCAM, comme si le temps s’est arrêté pour aller à la recherche des temps perdus, des temps qui renaissent dans cette tranche de vie, celle de la retraite sans retrait. Il est, nous sommes venus d’une région où l’on ne se couche que pour mourir, comme disait Georges Pompidou. Il est comme nous tous un homme et non un ange que de vertus et de tares font notre fébrile humanité.
Longue vie, pleine santé et plus d’implication à mon ami, à notre ami à tous, Si Mohamed U Moh U Nbarek n Ayt Taleb, à sa femme Lalla Fanida, cette grande dame laborieuse et courtoise, à ses enfants qui ne sont qu’à l’image d’un père exemplaire dont ils se doivent de suivre et de perpétuer l’exemple. Une lourde responsabilité. Que de bonheur, de ravissement de voir que son fils aîné, Wadia Ait Hamza, l’assume déjà avec maestria.
Et je saurai terminer cette escapade sans dédier une tamnaṭ à mon ami Si Mohamed.
ⵎⵇⵇⴰⵔ ⵢⴰⴷ ⴰⴽ ⵉⵊⵕⴰ ⵎⴰⵡ ⵉⵍⵍⵉⵏ
ⵀⴰⵏ ⵜⴰⴹⵚⴰ ⴷ ⵍⴰⵀⵏⴰ ⴳⵯⵔⴰⵏⴰⴽⴷ ⴰ ⵢⴰⵡⴰⵍ
MQQAR YAD AK IJRA MAWR ILLIN
HAN TAṭṣA D LHNA GGRANAKD A YAWAL
TANEMMIRT
Rabat, le 18 janvier 2017.

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