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أخر تحديث : mercredi 27 janvier 2016 - 11:17

LES AIT HDIDDOU, organisation sociale et droit coutumier

LES AIT HDIDDOU, organisation sociale et droit coutumier
De Aomar Kherdi.
Présenté par Mohamed EL MANOUAR

Publié par l’IRCAM en 2012, le texte s’étale sur 138 pages auxquelles il faudrait s’adjoindre une bibliographie de 3 pages, un glossaire de 5 pages.

L’ouvrage comprend une préface de Michael Peyron, une introduction et 2 parties.

La première est consacrée à l’organisation sociale, la deuxième au droit coutumier, d’où le titre choisi par l’auteur « Les Ait Hdiddou, organisation sociale et droit coutumier ».

La première partie traite donc de l’organisation sociale dans ses aspects les plus saillants à savoir : les structures sociales traditionnelles, les institutions sociales, les institutions décisionnaires et exécutives et, enfin, la vie spirituelle.

Quant à la deuxième, elle focalise le droit coutumier dans certains de ses aspects, notamment la coutume, le mode de preuve, le droit civil et le droit pénal.

En somme, on se trouve face à une démarche, une méthodologie presque académique.

Les sources utilisées sont quelques documents en français et deux autres en arabe. Il s’agit d’un document ayant pour objet « amhares » p. 40-41 et d’une délibération de la jmaâ des Ait Ben Yacoub du 20 octobre 1953 co-signée par le capitaine chef des A.I et le caid El Houari.

Quant aux actes notariés en arabe traduits en français, il s’agit d’un extrait d’acte de mariage du tribunal coutumier des ait Amer ou Hmmi daté du 13-11-1935, p. 109 et à la page 121 et 122 un acte de gage sur vie et à la page 126 et un acte libératoire de vie.

Ecrit dans un style fluide qui ne souffre, à mon sens, que de quelques petites lacunes, l’auteur le dit lui-même, cet ouvrage contribue peu ou prou à combler une partie de la connaissance des spécificités de la tribu des Ayt Hdiddou et ouvre ainsi quelques perspectives de recherches plus approfondies.

Dans son introduction, l’auteur note que « rarement il a été émis sur eux (imazighens) des opinions favorables ou élogieuses » (p. 16)

C’est un jugement excessif et se trouve en contradiction avec la citation d’Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, reproduite au tout début de cet ouvrage. Par ailleurs, la lettre envoyée par Moulay Slimane aux Ahl Fès se passe de tout commentaire. Pour des raisons politiques, les récits de la littérature coloniale s’expliquent par le fait que toute la résistance contre les différents envahisseurs et contre la pénétration coloniale, en particulier, est l’œuvre des imazighens qui en ont payé un lourd tribut.

« ils n’ont pas fait grand-chose pour se rapprocher des autres et leur emprunter, par le biais de contacts sereins et permanents ce qu’il y avait de mieux dans leur manière de vivre, leurs institutions… » p. 17

« Ensuite, les Amazighes n’ont fourni aucun effort pour tenter de se faire mieux connaître… »

Là qu’il me soit permis de réagir, et j’espère que l’auteur ne saura m’en vouloir, car cette affirmation tombe dans le lot des études qui considèrent que la société amazighe est une société sauvage et primitive. Ces mêmes études ne retiennent de l’histoire des Imazighen que des tribus isolées.

D’autres avancent qu’à chaque fois qu’un autre arrive, les amazighes prennent son identité et sa culture.

G. Camps note qu’on « condamne les Berbères à un rôle entièrement passif lorsqu’on les imagine, dès le début de l’Histoire, recevant de l’Orient une civilisation toute formée qu’ils acceptèrent avec plus ou moins grand enthousiasme… » (Les Berbères aux marges de l’Histoire, p. 146)

Bien au contraire, ils ont pleinement contribué à l’édification de la civilisation méditerranéenne. Depuis des siècles, des échanges dans tous les sens (Orient, Europe, Afrique) n’avaient jamais été interrompus. Une acculturation positive a eu lieu entre Imazighen et les civilisations qu’ils ont côtoyées.

La civilisation phénicienne de Carthage a intégré des traces amazighes dans la langue et la religion. Selon le Professeur Chafik, Tanit qui est le Dieu de Carthage est un nom amazigh.

D’autres exemples : Juba II, Apulée (125-170) Saint Augustin (353-430). Et quant ils écrivent en grec c’est dans un esprit amazigh.

Cette acculturation antique n’a pas marginalisé la culture amazighe.

Les inscriptions bilingues, libyques et puniques, de la Cité de Thugga en Tunisie du Royaume de Massinissa et toute l’organisation sociale de la Cité.

Camps note (p. 318) que « L’organisation tribale résista plus facilement et plus longtemps aux modifications apportées par la romanisation ».

Les Imazighen tout en restant fidèles à leur culture, n’ont pas rejeté celles des autres.

Le cas de la pénétration de la culture islamique est probant. Ils ont adopté les principes de la nouvelle religion sans se débarrasser de leurs coutumes. On parle même de l’Islam maghrébin. L’engouement vers la doctrine kharijite, le choix du rite malékite traduit la flexibilité, le caractère modéré qui s’adaptent à la mentalité amazighe. Le monothéisme est chose courante chez eux, ce qui a facilité leur adoption de la nouvelle religion.

Abdesslam Ben Mouis signale que « la culture amazighe paraît plus proche aux cultures rationalistes qu’aux cultures traditionnelles mythiques ». Et de tous temps, la pensée amazighe est toujours plus attachée à la pensée rationnelle d’où la nette distinction entre celle-ci et la pensée islamique orientale.

Cette distinction s’est manifestée entre Averroès qui représente la pensée marocaine et El Gazali (mort en 1111) qui représente la pensée islamique orientale. Averroès vise à détruire la thèse orientale qui cherche à marginaliser la raison.

Un siècle après la mort d’Averroès, l’essence de sa pensée est reprise par I. Khaldoun. Ce dernier symbolise la rigueur, le pragmatisme, l’absence de dogmatisme, la rationalité la plus pure qu’ait pu « produire » la civilisation islamique.

Nous savons que l’œuvre de Kant signifie avant tout la libération de l’esprit qui domine le déterminisme.

Par ailleurs, il est important de souligner certains aspects de la culture amazighe et du contexte idéologique :

  • L’oralité qui domine la culture amazighe est un fait avéré.

  • Notre histoire est écrite par les vainqueurs ou comme dit Howard Zinn « Tant que les lapins n’ont pas d’historiens, l’Histoire est racontée par les chasseurs »

  • Nos penseurs, notre histoire ancienne sont simplement ignorés

  • L’universalité qui caractérise les valeurs amazighes sont escamotées

DE L’ORGANISATION SOCIALE

Je me dois de souligner que l’auteur dans sa description a respecté la structure académique de la stratification sociale et de son organisation. L’essentiel est dit et peut être développé de par certaines nuances traitées par ailleurs, car le diable est dans les détails.

L’organisation sociale focalise trois points essentiels :

  • Les structures sociales traditionnelles pp. 24-30

  • Les institutions sociales pp. 30-57

  • Les instances décisionnaires pp. 57-77

Une remarque s’impose : En traitant des Institutions sociales (pactes d’alliance, tada, taymat, amhars,…) je me demande s’il ne s’agit pas là d’instruments de cohésion sociale, car les véritables institutions sociales sont désignées par l’auteur : instances décisionnaires. Et dans ce cas, ne serait-il pas logique de mettre celles-ci en deuxième position ?

Par ailleurs certaines observations sont nécessaires pour mieux cerner la problématique posée. Et je me limiterai à amghar et à son mode de désignation.

  • L’amghar n’est pas forcément un vieux, âgé. Il peut avoir une autre connotation : issmeghur, imqqur.

pp. 69-71 s’agissant de amghar n usggas, deux cas de figure se présentent :

  • Au cas où la personne pressentie accepte, c’est ce que l’auteur a décrit, le problème ne se pose pas.

  • Au cas où elle n’y consent pas, elle paye une pénalité équivalente à un meurtre et assume, malgré lui, la charge pour laquelle elle a été désignée par la collectivité, donc la volonté populaire prime. Plusieurs manuscrits en attestent.

  • La désignation de amghar n ousggas intervient de deux façons : chez les Ayt Atta, elle se fait selon le principe de la rotation et complémentarité. Soit en période de crise ou danger extérieur, les villages se fédèrent et désignent amghar. C’est le cas chez Ayt Ihya du Dads en 1919 avec la première incursion du Glaoui dans la région (nous disposons d’un manuscrit qui l’atteste). C’est ce qui inspiré la théorie anglo saxone de la segmentarité initiée par E. Pritchard, dans son ouvrage « Les Nuers » reprise par E. Gellner et sur le champ politique par J. Waterbury « Le commandeur des croyants » et critiquée notamment par A. Hammoudi.

  • L’amghar, note l’auteur, « inflige les amendes fixées par la coutume » (p.72). Le droit amazighe ignore ce qui appelé par ailleurs « le pouvoir discrétionnaire du juge ». Il n’a pas à apprécier l’amende ni le délit. Il faut qu’ils soient prévus par la coutume. Ce droit n’est pas inquisitionnel ; il est réquisitionnel. Il n’y a pas de poursuite sans plainte.

DES IZERFANES

Dans sa préface, Michael Peyron souligne la pertinence de cette étude « tant pour combler une lacune quant à nos connaissances sur l’izerf dans la région Moulouya / Haut Atlas de Tounfit – Imilchil… » p.9 et d’ajouter que le droit coutumier est un « véritable arsenal juridique évolutif, et cumul d’un processus plusieurs fois centenaire, mûrement réfléchi par des sages, étaient conçues pour faire face aux aléas que pouvait connaître une société traditionnelle à la recherche d’un équilibre au sein du désordre tribal en fait plus apparent que réel ».

Je me dois de souligner quelques éléments en relation avec le droit amazighe :

  • Le droit constitue l’un des leviers les plus fondamentaux de l’organisation sociale.

  • Nehlil « l’Azerf des tribus et qsours berbères du Haut Guir » in les Archives Berbères 1915-1916, p. 82 note que « sa vraie terre de prédilection, son domaine préféré, est, semble-t-il, le Maroc, pays par excellence des survivances berbères »

  • Deux aspects le caractérisent : ce qui est commun à tous les izerfanes (fondements, caractéristiques, objectifs, caractère avant-gardiste, humanisme, adaptabilité, équité, volonté populaire, pragmatisme… ce qui diffère ce sont les peines qui tiennent compte des contraintes locales.

  • Ses différentes dimensions sociales, politiques, économiques, éthiques, culturelles et cultuelles.

  • Il est l’émanation consensuelle de la volonté populaire, c’est pourquoi il est respecté car il n’est pas concocté par ailleurs.

  • Il est l’un des rares à n’avoir aucune filiation divine. Il est de création humaine et s’intéresse à l’homme.

  • Il se fonde sur deux pactes : l’ordre social et le pacte de solidarité.

  • Le droit amazighe investit tous les domaines de la vie publique et privée.

  • L’unique mode de preuve est le serment (tagallit) et selon le cas est assorti d’un serment collectif (imggilla) ou co-jureurs qui consacre le pacte de solidarité et le concept de la responsabilité collective. Cet aspect est bien développé par l’auteur pp. 95-104.

  • Ce droit est désigné par plusieurs termes : izerf – tiԑqqidin – qanoun – luh, Tillwah ou ikccuden – ԑurf.

  • Il est un droit positif tribal, dynamique et non statique. Il reflète la capacité de la société amazighe à produire le droit et à s’adapter aux changements.

  • Il est avant-gardiste. Le débat qui fait rage aujourd’hui en France sur la déchéance de nationalité était prévu par le droit amazighe depuis des millénaires. C’est le bannissement, la perte du droit de cité.

  • Deux autres remarques : l’auteur note p. 91 « En aucune façon, le droit coutumier ne peut être dissocié du droit musulman ». C’est une affirmation que ne partagent pas plusieurs doctes du droit musulman. A ce niveau, il y a trois courants : ceux qui admettent son existence, ceux qui acceptent certaines de ses dispositions qui ne contredisent pas celles de la chariԑa, notamment Ahmed El Wanchrissi mort en 1508, le soufi Mohamed ben Slimane El Jazouli et Ahmed Baba Assoudani 1622 et ceux qui le qualifie d’antéislamique, la jahiliyya et qui le rejettent. Nous ne citerons que certains : Abou Abdellah El Hachtouki (XVI° s), Abderrahman Attamanarti, le grand Cadi de Taroudant (XVI°), Aissa ben Abderrahman, le cadi de Souss qui a nommé les « luh » comme des faits sataniques et bien entendu Allal El Fassi qui les qualifie de Al Jahiliyya dans son livre « Annaqd addati » (l’auto-critique).

Le droit civil p. 104 ne traite que du mariage pp. 105-115 et le droit pénal p. 116 ne traite que du crime de sang (pp. 118-128), de la diyya (PP. 128-130) et de l’adultère, viol et vol (pp. 131-136), comme si dans le droit des Ayt Hdiddou, il n’y a que ces quelques aspects, connaissant que le droit amazighe investit tous les domaines de la vie publique et privée, nous estimons que l’analyse est très sélective, voire réductrice.

BIBLIOGRAPHIE

La bibliographie est composée de 36 titres et souffre de plusieurs lacunes :

  • Non respect des règles admises (ouvrages et articles)

  • Quelques sources citées n’ont aucune relation avec la thématique traitée (Ex. I. Khaldoun, Histoire des Berbères…, t. 1)

  • Certaines sources fondamentales n’ont pas été citées :

Je ne citerai que quelques exemples.

  • G. Surdon, Institutions et coutumes des Berbères du Maghreb, 2° édi, 1938.

  • Le droit coutumier et les législations au Maroc, publication de Tamaynut, 2007.

  • David, M, « Les institutions des Ayt Morhad et Ayt Hdidou, BESM , 1979.

  • Lt interprète Martin, recueil des izerfan des ayt Hdidou, octobre 1933.

  • Le dictionnaire du Professeur Mohamed Chafik qui donne des précisions sur la terminologie : azerf, droit – taghuda pl tighdwine, la loi ; alguam pl ilguman, le canon, le statut ; inkrus pl. inkrussen, le règlement, le code. Et d’autres encore, Michaux-Bellaire, Marcy, R.Montagne, Aspinion, la liste est longue.

CONCLUSION :

En guise de conclusion pour cette lecture même rapide, je dirai que nous somme en face d’une recherche intéressante par sa thématique et sa démarche. Si ce travail avait été suffisamment développé et mieux encadré, il ferait l’objet d’une thèse académique à verser dans le lot des recherches ayant trait à une meilleure connaissance de la culture amazighe. Mais ce n’est peut-être que partie remise. L’auteur pourra bien la développer ou d’autres chercheurs pourront s’en inspirer. Dans tous les cas de figure, ce travail constitue un document qui enrichit les sciences sociales dans le domaine de l’amazighité. Ce sont ces monographies, ces études locales qui constituent la base de l’écriture de l’histoire nationale. Et sans elles, rien qui vaille.

Et pour clore, je dirai que c’est avec un bonheur exquis que j’ai pu trouver un parallèle étonnant entre la substance amazigh et l’une des sagesses de Dalaï-Lama édité en 2002 chez Marabout par Bernard Baudouin : « Le petit livre de sagesse du Dalaï-Lama » (204 pages). Il s’agit de 365 pensées et méditations, comme autant de jours d’une année à vivre en interrogeant l’amour, la passion, la paix…. Celle du 17 juin, p. 99, est libellée ainsi :

« Nous avons besoin les uns des autres. Il nous faut, par conséquent, acquérir un sens universel de notre responsabilité.

C’est notre responsabilité, collective autant qu’individuelle, de protéger et de nourrir la famille planétaire, de soutenir ses membres les plus faibles, de protéger et de prendre soin de l’environnement dans lequel nous vivons tous ».

Et j’aimerai, pour conclure, citer une partie d’une maxime, toujours de Dalaï-Lama, celle du 22 janvier, (p. 22) qui me semble pertinente à la conjoncture que nous traversons et à nos attentes des lois organiques en relation avec l’article 5 de la Constitution de 2011. Elle dit ce qui suit :

« De même que pour toute bataille, on a toutes les chances de perdre sans préparation. De même si on est vraiment et parfaitement préparé il devient plus aisé de se défendre ».

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