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| Bébé d’un an pieds nu dans la neige! ce n’est pas en Afghanistan ni au Népal, c’est bien chez nous! à Aït Attou Moussa. Un village enclavé, relevant de la commune rurale de Tilmi dans le haut Dadès où la population défavorisées est loin des rudiments d’une vie du XXl siécle. |
· Le degré zéro des infrastructures
· Faute de moyens de transport, les gent n’hésitent pas à voyager sur les porte-bagages et parmi le bétail
· La vallée du Dadès est plus connue à l’international que chez nous
· Ni eau, ni routes, ni moyens d’approvisionnement...
Aït Attou Moussa: le paysage est pittoresque, mais la désolation y est sans limite. Perchée à 3.000 mètres d’altitude dans la haute vallée du Dadès, Haut-Atlas, la bourgade des Aït Attou Moussa vit depuis plus de deux semaines dans l’isolement. C’est le dernier douar niché au sommet avant Agoudal, à 80 km au sud d’Imilchil et à plus de 200 km de Ouarzazate dans la Vallée des pommes.
Une région du Maroc profond caractérisée par une extrême indigence. Coupé du monde et immaculé de blanc, ce village au milieu des cimes vit l’un de ses hivers les plus rudes.
Avant d’accéder au douar, il faut s’armer de patience. La piste est barrée au milieu d’un terrain abrupt et enneigé. Il va donc falloir marcher sur la neige, le verglas et la boue avant d’accéder au village. Les pieds gelés s’enfoncent 20 à 30 centimètres dans la neige et, au bout de quelques mètres, la marche devient lourde et pénible. D’autant plus que, avec l’altitude, la respiration s’avère difficile. Il a donc fallu plus de 2 heures 30 de marche avant d’arriver au douar englouti.
Difficile aussi d’aborder les femmes en cours de route. Elles portent toutes des «hendira» appelées aussi «tahendirt»: des étoffes en laine tissées localement avec des rayures verticales. Les rayures et les couleurs diffèrent selon la tribu d’origine. Quant aux hommes, ils portent des costumes communs: des djellabas ou encore des burnous en laine et se coiffent la tête d’un turban ou un bonnet. Mais oser prendre en photo une femme en cours de route est un autre exercice périlleux. «Je vous jetterai des pierres si vous me prenez en photo», répète une quinquagénaire.
Après avoir insisté, une femme exaspérée nous répond en berbère: «S’il le sait, mon mari va me briser les os». Plus loin encore, une autre plus âgée nous lâche: «Pas de photo s’il vous plaît. Sinon mon mari va me répudier». Des réactions qui paraissent a priori insolites. Mais dès que l’on apprend qu’une femme du village a été répudiée simplement parce qu’elle s’est laissée prendre en photo par un touriste français, l’on comprend vite le degré de conservatisme de la région. Même constat chez les jeunes filles «Elles savent très bien que si leur photo paraît dans la presse, personne de la région ne voudra d’elles», explique l’accompagnateur Ce qui en dit long sur un autre type d’enclavement. «C’est clair, pour les hommes de Tilmi et Aït Attou Moussa, il suffit que la photo d’une femme paraisse dans les journaux ou à la télé pour qu’elle soit traitée de tous les noms», explique un guide de montagne.
A l’entrée du village, l’air hirsute, une dizaine d’hommes emmitouflés dans des djellabas s’attellent tant bien que mal à déblayer le terrain. Après les salamalecs coutumiers, ils lâchent: «On ne demande rien, on veut la route. C’est tout!». Heureusement qu’il y a les mules et les femmes, poursuit Benhaddou, l’air sérieux.
Peu à peu, ils n’ont plus rien à dire et la conversation s’interrompt. Même l’accueil des tribus est des plus froids.
A l’instar du climat, l’accueil se veut aussi très froid à l’entrée du village. Le groupe rencontré se montre très peu loquace, distant, voire méfiant. Les autochtones n’ont pas l’habitude d’accueillir des visiteurs, qui plus est sont journalistes cette fois-ci. Certains d’entre eux ne bronchent pas et continuent d’évacuer les amas de neige.
En revanche, dès l’arrivée d’étrangers au village, les enfants jubilent et les suivent de près, pieds nus, les joues roses et le nez dégoulinant.
Les plus petits d’entre eux se mettent à pleurer dès qu’ils voient le zoom d’un appareil photo braqué sur eux. En dépit du froid, ils sont plus que légèrement vêtus. Certains, en bas âge, marchent pieds nus dans la neige et pleurent, tellement ils ont froid. En moyenne, les autochtones des Aït Attou ont 7 à 8 enfants par ménage. Les couples les plus fertiles en ont 14 à 15! Pourtant, la polygamie est inexistante dans la région. La planification familiale ne veut pas dire grand-chose dans ce patelin. «Les pilules affaiblissent nos femmes et les rendent stériles», estime Benhaddou qui a 11 enfants dont l’âge varie entre 1 et 14 ans.
Autre fait surprenant, plusieurs tribus de cette région ont refusé qu’un lycée soit construit à proximité. A les écouter, ils sont convaincus que «l’établissement ne peut que ramener le vice dans la région. Nos filles en sortiront perverties en si peu de temps». Autrement dit, l’on préfère l’abandon scolaire aux études secondaires surtout lorsqu’il s’agit de scolarité de jeunes adolescentes.
Quant aux jeunes garçons, ils se font rares. D’année en année, les villages se vident de leurs jeunes qui partent vers des ciels plus cléments. Ils émigrent à Marrakech, Ouarzazate, Kelaât M’Gouna, Laâyoune, Dakhla... et travaillent généralement en tant que maçons ou main-d’oeuvre dans les chantiers si ce n’est pas des hommes de troupes dans l’armée ou les forces auxiliaires. Autre particularité poignante des Aït Attou Moussa, il faut traverser plus de 200 km dans un terrain impraticable avant de se rendre à l’hôpital provincial de Ouarzazate. Du coup, l’évacuation des femmes pour accouchement en urgence, de nouveaux-nés souffrant d’hypothermie ou de vieux, se solde par un drame. «Souvent, il est trop tard. Les femmes rendent l’âme sur la route ou accouchent d’un mort-né», se désole-t-on. Ce qui fait que l’on privilégie plus la piste des sages femmes.
«L’infirmier de campagne, nous ne l’avons vu qu’une seule fois en deux ans lors d’une opération de vaccination», témoigne Benhaddou.
La population locale demeure extrêmement pauvre et ne dispose pas des infrastructures de base les plus élémentaires. L’état des routes dissuade les plus téméraires de se rendre dans ce coin perdu. Pour subsister, c’est l’autarcie. Le pain nu, le thé très sucré à l’absinthe ou encore la semoule de maïs... sont les plus consommés, faute de mieux. «Des fois, à l’aube, la température peut descendre jusqu’à -10 degrés. «Nous sommes les plus exposés au froid et à la neige et les derniers lotis lorsqu’il s’agit de droits et infrastructures», résume Hssein Benhaddou, quadragénaire et déjà père de 11 enfants. Au fur et à mesure que l’on monte en altitude, les difficultés du terrain deviennent nombreuses et les conditions de vie moyenâgeuses.
Si Msemrir est l’un des douars dont les conditions de vie sont des plus difficiles, Aït Attou Moussa est une bourgade qui vit encore dans l’âge de pierre: de nombreuses familles ne sont pas encore raccordées à l’électricité, le téléphone fixe n’existe pas et le réseau GSM relève de la science fiction. Pas d’eau courante non plus. «On est obligé de boire l’eau de source et celle du fleuve car il est difficile de creuser des puits et le sol est très rocailleux», explique-t-on sur place. Quoi qu’il en soit, le transport et, donc, la route, restent la priorité des priorités.
En attendant, les autochtones vivent 3 à 4 mois par an en hibernation. Impossible de se rendre au souk hebdomadaire le plus proche situé à une trentaine de kilomètres.
L’espoir ici consiste à patienter toute l’année pour se rendre au légendaire moussem d’Imilchil, fin septembre. Une occasion rêvée pour vendre son bétail, s’approvisionner en céréales, fourrages, troquer, s’enquérir des villages lointains et des proches et pourquoi pas... se fiancer. «Les conditions de vie sont beaucoup plus tendres à Imilchil. Si notre village n’est pas aussi connu, quoique plus austère, c’est parce qu’il vit dans l’ombre d’un Imilchil très médiatisé par les touristes», précise le guide du village.
«Pour me rendre à Imilchil à pied ou à dos de mulet, il me faut une journée de marche sur un chemin escarpé. Je pars dès l’aube pour arriver au souk après le coucher du soleil», témoigne Hssein Benhaddou.
Les plus chanceux s’y rendent en camion. Ils s’entassent dans et sur la cabine parmi le bétail (chèvres, moutons, mules et vaches). Ici, on n’hésite pas à voyager sur les porte-bagages de fourgons. Faute de moyens de transport, la surcharge devient la règle. Six fourgons seulement sont autorisés à transporter plus de 22.000 habitants depuis Boumalen Dadès à Aït Attou en passant par Msemrir.
Bon an, mal an, «la traversée des montagnes par camion vers Imilchil (80 km) se fait en 6 à 7 heures en moyenne», ajoute le guide de montagne.
Au-delà du grand jour d’Imilchil, la réalité quotidienne est tout autre.
A partir du mois d’octobre, plus question de quitter la tribu: la vague de froid s’intensifie, les orages sont de plus en plus forts, les crues et les pluies abondantes. Mais ce n’est pas le froid qui dérange tant les autochtones, ils s’y sont accommodés au fil des années. C’est plutôt la neige et les crues des oueds. Dans ce village oublié, la vie s’adapte aux caprices de la nature et non l’inverse.
«Ici, nous n’avons que deux saisons par an. Le climat est doux et tempéré l’été. Il est très proche du printemps, mais avec un air glacial dès octobre qui caractérise l’hiver et l’automne», précise Mbarek Abdelmoujoud, à peine la quarantaine, mais le visage déjà buriné. De Msemrir à Tilmi (20 km), le taxi emprunte une piste sinueuse. Passé le cap de Tilmi, le terrain devient impraticable, caillouteux, boueux, accidenté...
Passé le village de Tilmi et à 7 kilomètres des Aït Attou, la piste est barrée. Elle est complètement engloutie et dissuade plus d’un de se rendre au village. «Je n’avance plus d’un centimètre», lâche furieux le conducteur du taxi.
Communes Hors INDH!
Les communes les moins nanties sont d’ailleurs concentrées, entre autres, dans la région de Souss-Massa-Draâ (98 communes) où se trouvent justement Msemrir, Aït Attou Moussa, Tilmi... Selon le rapport 2004 du HCP sur la pauvreté, ces communes rurales sont parmi les plus indigentes, avec un taux qui oscille entre 30 et 40%. La faute n’incombe pas forcément aux élus locaux, car ces communes ont un budget dérisoire. Pour autant, la zone n’est pas répertoriée INDH!
Source: l’Economiste