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أخر تحديث : lundi 5 juin 2017 - 7:53

La langue, des enjeux multiples

Par Mohamed El Manouar

L’on se préoccupera dans cette livraison de montrer que la langue, dans sa forme générique, est un instrument d’émancipation, d’identité, de définition des nations, de sécession et de domination. Pour étayer ces dimensions de la langue, nous passerons en revue quelques exemples significatifs à travers le monde. Pour ce faire, quelles sont les grandes caractéristiques de la langue ?

Quelques éléments sur la langue :

« La définition générale d’une langue est celle d’un instrument de communication, d’un système de signes vocaux spécifiques aux membres d’une même communauté »1.
Mieux encore, selon Michelet :« …la langue est la représentation fidèle du génie des peuples, l’expression de leur caractère, la révélation de leur existence intime, leur Verbe, pour ainsi dire.»
Le rôle d’une langue ne se limite pas uniquement au niveau de la communication. Elle est une façon de penser, de voir le monde. Elle est « une manière d’être », selon l’expression de Julien Green2.
Les langues étaient de tout temps des armes de domination et de conquête. Les idéologies sous-jacentes s’efforcèrent de faire d’elles le symbole de la supériorité dans leurs rapports avec les autres. La théorisation de ces rapports impliqua ceux qui vont désormais se tisser entre les différentes communautés dans une dialectique de supériorité et d’infériorité.
Pour ce qui est de cette dualité langue/dialecte, le terme « langue » ne se différencie nullement de celui de «dialecte» en tant que moyen de communication. Ce terme aurait été utilisé pour la première fois dans la littérature française en 1565, sous la plume de Ronsard. Contrairement à l’idée qui dominait et qui domine toujours le grand public et certaines sphères pour des raisons politiques ou autres, le dialecte est une langue à part entière. Les critères définitoires d’une langue en tant que «produit social», comme disait Saussure, doivent inclure les trois discriminants que la plupart des spécialistes s’accordent à retenir. Il s’agit précisément de l’existence d’une tradition littéraire, d’une tradition d’écriture,  « quand elle existe », et d’un statut institutionnel.
Mieux encore, nous dirons que la prééminence d’une langue aussi minoritaire soit-elle est assurée par  le choix d’un lieu politique comme lieu de pouvoir, par l’existence d’une production littéraire et par les multiples réformes qui sont des actes de pouvoir. La langue est, pour ainsi dire, du ressort du politique et des calculs politiques et l’on ne peut dissocier les deux. Le constat n’a pas échappé à Louis-Jean Calvet quand il affirme sans hésiter que : « En fait, déjà, les langues sont au pouvoir politique ou ne sont pas des langues »3
D’ailleurs, Saussure affirme la difficulté de départager la langue et le dialecte et confirme que la différence entre les deux est d’ordre politique et non linguistique. La langue est un dialecte adopté ou imposé au niveau d’une nation. Par langue, on sous-entend généralement la dimension nationale et officielle. Cette dernière n’est alors qu’un dialecte autoritairement imposé4.
Dans ce même registre, soulignons que Balzac ne cachait pas son aversion pour la langue bretonne. Chateaubriand ne se lassa point de parler de « sauvage ». George Sand dans « La mare au diable » ne résiste pas à la tentation de mettre en avant les « charmes de la vie primitive » qu’il oppose à la vie « civilisée ».
Et Victor Gelu de surenchérir, déclara que le français est la seule langue de l’hexagone capable de véhiculer des concepts sérieux; les patois sont faits pour parler au peuple.
« …parlez à ce peuple sa langue et il est à vous. Ne la lui parlez pas et…vous ferez comme le gouvernement ».
Dans « le Registre des meilleures pratiques pour la préservation des langues », lancé par L’UNESCO le 18/07/2005 à Paris, le document note que : « Chaque langue reflète une vision du monde et un complexe culturel unique, et constitue une part essentielle du patrimoine humain ».
En l’espace d’un siècle, presque 2000 langues sont mortes et avec elles un grand pan du patrimoine humain. Les experts estiment que 50% des 6000 langues du monde sont menacées. Elles sont en danger de disparition !

La langue, instrument d’émancipation

La revendication linguistique, la réhabilitation des langues maternelles, régionales sont aussi un instrument d’émancipation. Il est évident que la libération ne se conçoit pas uniquement en termes politiques et économiques. Elle est d’abord identitaire, linguistique et culturelle. Les indépendances qui se sont faites en dehors de cette revendication restent formelles et dépendantes. Et c’est le cas de la grande partie des pays dits en développement. D’autres font heureusement une exception notoire.
En effet, les événements qui agitent les républiques d’Asie Centrale depuis le milieu des années quatre vingt sont marqués par la revendication linguistique. Le débat s’est porté sur l’équation langue/ souveraineté. Celui-ci s’est concrétisé par des choix législatifs clairs:
«  Les lois sur la langue d’Etat qui se sont révélées être des instruments efficaces pour des élites en quête d’une nouvelle légitimité et soumises à la pression d’une opposition naissante »5.
Durant la perestrika, l’Asie Centrale, notamment les cinq Républiques ont consacré l’abandon de la langue russe et l’adoption des langues locales, ouzbek, turkmène, tadjik, kazakh, kirghize.
Cette guerre des langues d’Etat est due à la mouvance nationaliste locale (manifestations spectaculaires, intervention des médias) et finit par contraindre les élites au pouvoir à prendre des mesures juridiques décisives.
La loi du 24 avril 1990 sur les langues des peuples de l’URSS promulguée au temps de Gorbatchov dispose que : 
« La langue russe se limitait aux usages officiels et, laissant une certaine marge de manœuvre aux autres langues qui peuvent accéder au statut officiel et être choisies comme langues d’éducation ».
A partir de 1985, figurent parmi les nouvelles exigences de souveraineté nationale, des mots d’ordre clairs dont notamment le rejet de la langue russe. Les manifestations d’étudiants en décembre 1988 à Tachkent réclament, entre autres revendications, le remplacement du russe par l’ouzbek (quid à Douchanbe) comme langue officielle d’Etat.
L’ouzbek devient « langue officielle » en vertu de la loi du 21/10/1989. Ce phénomène touche toutes les républiques d’Asie Centrale.
La nouvelle constitution de l’Ouzbékistan votée au lendemain de l’indépendance stipule dans son article 4 :
« La langue d’Etat de la république d’Ouzbékistan est la langue ouzbèke. La république d’Ouzbékistan garantit une attitude respectueuse envers les langues, les coutumes et les traditions des nationalités vivant sur son territoire et crée les conditions de leur épanouissement ».
Yves Plasseraud souligne, à juste titre, que :
« Les peuples en phase d’affirmation ou d’émancipation nationale ont toujours recherché dans leur culture ou leur histoire propre des éléments originaux et caractéristiques susceptibles de donner poids et consistance à leur lutte »6.
Cette polarisation de l’affirmation identitaire revêt plusieurs formes : caractère territorial, histoire, traditions, religion, mythes fondateurs propres à identifier la nation.
Parmi les peuples ayant mis l’accent sur le territoire, au cours de leur lutte d’émancipation, nous pouvons citer Israël et l’Inde. L’histoire nationale a été le support pour la Bretagne et l’Arménie. Quant à l’Irlande et les principautés roumaines, elles se sont identifiées dans la religion. Les peuples Celtes, Slaves, Tchèques se sont retrouvés dans les mythes fondateurs.
Langue, instrument d’identité

« Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi ».
Henri Michaux.
Les langues renvoient aux origines. Les cultures sont l’âme des langues. La langue est en corrélation parfaite avec l’identité du groupe et des collectivités. Il est évident que l’affirmation de la nation passe obligatoirement par celle de l’identité, de la langue et de la culture dont elles sont le support.
Les langues agissent aussi sur les individus en créant des schèmes de pensée et un certain nombre de démarches mentales. Traduire les évangiles d’essence aristotélicienne (grecque) dans une langue comme le chinois relève d’un effort titanesque d’adaptation à l’esprit de cette dernière langue. Claude Hagege affirme dans ce sens :
« La langue s’inscrit d’une façon directe ici comme un moteur des pensées, des cultures et des civilisations ». « La langue est partout au sein du pouvoir et le pouvoir est partout au sein de la langue »7.
Dans « La renaissance de l’hébreu et le réveil de la conscience juive » Mireille Hadas-Lebel note que la renaissance de l’Hébreu a dynamisé le réveil de la conscience juive. Il s’est traduit in fine par la conjonction des éléments d’un triptyque qui met ensemble le peuple, la terre et la langue. Considéré dans la conscience populaire et religieuse comme une langue sacrée, l’hébreu doit rester exclusivement au service de la foi et, de ce fait, se trouve inaccessible au grand public, à telle enseigne qu’il était considéré pendant longtemps comme une langue « morte », ou si on préfère « éteinte ». Mieux encore, ce fut un sacrilège que de l’utiliser dans des domaines profanes. Cette sacralité qui lui fut invétérée par sa longue histoire l’avait rendu d’un usage extrêmement élitiste et ésotérique. Par ailleurs, il ne serait pas inutile de noter que le délaissement de l’hébreu biblique est dû aussi à un dédain manifesté par le peuple envers la grammaire. Son vocabulaire archaïque ne dépassait guère huit mille mots. Le yiddish qui est considéré comme le jargon populaire prend alors le relais en tant que moyen de communication courante.
La renaissance de la langue biblique sera assurée surtout par les médias et par des initiatives privées. En effet, la revue Ha Meassef (le collectionneur) fondée en 1783 par les disciples de Mendelssohn avait pour but « de préparer les juifs à l’émancipation en les ouvrant à la modernité »8. Le texte biblique était, désormais, appréhendé sous l’angle littéraire et non plus religieux, ce qui lui permettait d’avoir une base plus large et un impact réel sur un lectorat plus important.
Le premier roman en langue hébraïque est paru en 1853 sous le titre : « l’Amour de Sion », d’Abraham Mapou. Par sa beauté, le texte permettait aux lecteurs de transcender leurs réalités quotidiennes faites de souffrances et d’humiliations. C’était un moyen d’évasion et d’oubli.
Dans ce même ordre d’idée, « la vision d’Eliezer Ben Yéhouda » allait dans le sens du triptyque déjà évoqué plus haut: langue, peuple et terre. En 1878, il quitta l’Allemagne et partit avec sa famille s’installer à Jérusalem dans le but de se consacrer entièrement à sa conviction et de s’investir pleinement dans la réhabilitation et la modernisation de la langue hébraïque à partir du foyer.
Il rédigea un dictionnaire de dix sept volumes et inventa des milliers de mots. Il créa en 1890 une commission de la langue qui évoluera vers l’Académie de la langue hébraïque en 1948. Avec la création d’Israël, cette même année, le choix de l’hébreu comme langue nationale était unanime, en vertu de la théorie selon laquelle la langue est le critère d’existence d’une nation et ce, malgré la présence de plusieurs langues importées par la diaspora. Les raisons religieuses et identitaires expliquent dans une large mesure le choix de la langue hébraïque.
Dans un autre contexte, la langue a été exploitée dans les années 30 et 40 pour construire deux entités politiques, l’Inde et le Pakistan sur une base liant la religion, la langue et le politique.
Il est donc évident que la reconnaissance des autres langues dans un pays multiculturel est synonyme de la richesse patrimoniale du pays dans sa globalité, donc un atout formidable aux dimensions multiples. La question de la langue revêt, pour ainsi dire, une grande acuité dans la cohésion nationale. Dans ce sens A. Montaut, note que : « Pas de cohésion démocratique sans sentiment de représentation de chaque groupe, et sans possibilité de participation au développement culturel et social »9.
La langue est aussi un critère constitutif des nations et des Etats.
Langue, instrument de définition des nations

La langue est également un moyen non moins important qui préside à la formation des espaces, des Etats dans certaines parties du globe dont nous avons fait référence. L’espace est porteur d’une identité, d’une identification et d’un bien-être individuel et collectif. Les exemples empruntés sont en relation avec les pays des Balkans, Israël et certains pays arabes dans une dimension spécifique.
La formation des Etats revêt en réalité plusieurs formes. En plus de l’Etat, dans ses formes institutionnelles et juridiques, reconnu comme souverain, il est certaines formes d’Etats de circonstance qui se forment, se déforment au gré des conjonctures. Ce sont des alliances basées essentiellement sur l’outil linguistique, sur la langue partagée de part et d’autre par les citoyens, alliances dont les frontières se dilatent à des moments précis de l’histoire.
Le cas le plus frappant, nous semble-t-il est celui incarné par les nationalismes arabes ou, parfois nationalisme arabe où le pluriel reste à l’ombre du singulier.
En Egypte et en Syrie, les identités collectives qui se définissaient par rapport aux Etats ont concurrencé les nationalismes arabes.
Deux notions rendent parfaitement compte de la dimension de nationalisme dans le monde arabe. Il s’agit de : al wataniyya et al qawmiyya. al wataniyya est un terme qui signifie patriotisme, de patrie, donc du singulier qui s’applique à une territorialité précise, à un peuple. Le terme désigne donc le nationalisme restreint aux Etats dans le sens juridique du terme.
Par contre, le terme al qawmiyya, qui cache une connotation raciale, désigne l’ensemble des Etats et des peuples arabes, d’où nationalismes arabes ou panarabes, au pluriel.
Les dernières années de la monarchie égyptienne étaient marquées par l’absence de toute référence à l’arabité dans la définition de la nation. En revanche, celle-ci était délimitée par les frontières géographiques et naturelles de l’Etat. Ce n’était qu’avec la révolution de 1952 dite des « officiers libres » et l’abdication du roi Farouq que la République d’Egypte fut proclamée avec comme premier président le Général Mohamed Néguib. En novembre 1954, ce dernier fut démis de ses fonctions et placé en résidence surveillée. Jamal Abd Nasser devint président de la République qui deviendra par la suite République arabe unie. Le discours officiel commençait à mettre en avant l’arabité. D’ailleurs, la Constitution de 1956 l’avait consacré définitivement et pour des raisons de géopolitique notamment eu égard aux spécificités régionales.
Quant à la Syrie, elle était considérée comme le berceau du nationalisme arabe. En 1940/50, le concept de « nation syrienne » était en vogue. Le pays et sa population se considéraient pratiquement comme une entité distincte. Par la suite, la notion d’une nation arabe n’était pas imposée par le haut mais s’était renforcée grâce à l’évolution progressive de l’opinion publique. En 1958, la Syrie était dissoute dans la République Arabe Unie formée avec l’Egypte. Celle-ci avait duré jusqu’en 1961. A partir de 1963, les syriens ne formaient plus que le peuple arabe de Syrie.
La langue arabe avait ainsi joué un important rôle dans la définition de la nation et en devint un critère constitutif. Ce dernier s’établit dans les deux pays dans les années cinquante.

Ainsi, Eberhart Kiente confirme que la langue sert aussi à fédérer les peuples à des moments précis de leur histoire. Le politique s’appuie et instrumentalise cette donnée, comme c’est le cas en Egypte avec la nationalisation du canal de Suez, le politique a insisté sur  «  la nouvelle identité arabe de l’Egypte » qui était surtout destinée à l’opinion publique internationale.
Les politiques qui tendent à privilégier la langue exclusive ont montré leurs limites et leur inadéquation avec les différentes spécificités au sein d’un même Etat. Elles sont qualifiées de totalitaires et d’impérialistes. Par contre, les politiques plus ouvertes, qui intègrent toutes les dimensions régionales garantissent la paix et les sentiments d’appartenance et d’adhésion, c’est-à-dire l’unité dans la diversité et non la pluralité dans l’adversité.
Vouloir imposer une langue exclusive, même majoritaire, peut se traduire par des contestations susceptibles de dégénérer en conflits ouverts. Car se voir renié, peut provoquer des attitudes irrédentistes. La langue peut ainsi devenir un instrument de fissure et de dislocation au niveau d’un pays.
La langue, instrument de sécession

La langue péjorée, ignorée, méprisée, non reconnue enfante et nourrit les sentiments d’exclusion, de marginalisation des tranches de populations de seconde zone. Dans les systèmes totalitaires, répressifs, ces sentiments sont refoulés. D’ailleurs, ce sont ces mêmes systèmes qui agissent de la sorte envers les langues du peuple méprisées. Malgré l’endurance de ces peuples dont certains sont des majorités écrasées ou « déchirées » comme disait Kateb Yacine, la langue devient alors une cause de l’inévitable émergence de contestations, des revendications qui, en évoluant sous la pression de l’asphyxie et sous l’effet de la porte fermée, se transforment en mouvements séparatistes qui, généralement débouchent sur des représailles, de part et d’autre, sur des milices armées et parfois dégénèrent en conflits armés et en guerres civiles.
Le cas le plus significatif est celui de l’île de Sri Lanka (Ceylan) où les rapports entre la communauté Tamoule, de majorité musulmane, singhalaise et bouddhiste, avaient connu plutôt des bas que des hauts. Signalons d’abord que le singhalais est la langue de la majorité de la population vivant sur l’île. Sur 18 millions d’habitants, plus des trois quarts sont locuteurs du singhalais. Les tamouls, même minoritaires, sont souvent bilingues (anglais et tamoul), et sont nombreux dans l’administration, les affaires et les professions libérales.
Après l’indépendance en 1948, la reconquête linguistique aura contribué à l’éveil de velléités séparatistes dues essentiellement à un conflit linguistique. En effet, les élections de 1956 furent remportées par le mouvement d’opposition qui s’investit pour faire du singhalais la seule langue officielle de l’île. La marginalisation de la langue tamoule s’est traduite par un élan de militantisme et d’engagement dans la cause séparatiste. La crise qui secoua le pays est la conséquence de la revendication linguistique. D’ailleurs, les deux communautés se lancent avec la même ardeur dans la reconquête de leur langue, ce qui ne tarda pas à faire monter les tensions.
La reconquête des deux langues s’était opérée dans le sens de la codification en en extirpant les néologismes, synonymes de la domination coloniale. La tendance ne fut pas une innovation. En France, nous l’avons déjà noté, Malherbe s’était distingué par son désir d’épurer, de « dégasconner », la langue française, non seulement des emprunts étrangers, mais aussi des termes provinciaux et devint ainsi chauviniste et centriste 10.
Le conflit entre les deux communautés est renforcé par l’assimilation tamoul / anglophone, elle-même construite sur l’image provocatrice tamoul, collaborateur des colonisateurs anglais.
Les années 1932-34 et 36 avaient connu une certaine accalmie du fait que le Conseil d’Etat avait voté trois résolutions consacrant l’emploi des deux langues dans les débats parlementaires, dans l’administration et la justice, accalmie qui n’avait duré que l’espace de quelques années, puisqu’en 1956 intervenait une loi en vertu de laquelle le singhalais fut imposé comme seule langue officielle, ce qui avait relancé de plein pied la revendication séparatiste.
Le parti de l’Etat Tamoul, créé en 1949 revendiquait la création d’un Etat tamoul dans une structure fédérale. A partir des années 60, le durcissement des revendications tamoul leur avait valu une vague de représailles et de violence. La revendication linguistique apparaît alors aux tamouls comme illusoire et se lançaient dans une reconquête politique contre le pouvoir en place. Cette recrudescence de violence était une réponse passionnelle à un déni d’identité tamoule et à une méconnaissance de leur langue. Les tamouls furent l’objet de plusieurs discriminations dont notamment l’instauration des quotas pour l’accession à l’université dans les années 1970-80, ce qui favorisait amplement les singhalophones.
Il fallait attendre, novembre 1987 avec l’amendement de la Constitution qui avait normalisé la situation en consacrant la parité entre les deux langues, comme langues officielles et l’anglais comme moyen de communication. On retrouve le même schéma en Tanzanie qui consacre les deux langues, le kiswahili et l’anglais. Au Malawi, la Constitution exige que les parlementaires écrivent et lisent l’anglais. En Afrique du Sud, l’anglais et l’afrikaans sont des langues utilisées devant les tribunaux bien que neuf autres langues aient maintenant été officiellement reconnues.
Ceci nous amène simplement à dire, en guise d’une première conclusion qui découle des cas rapidement passés en revue, que la reconnaissance d’une langue, aussi minoritaire soit-elle reste, malgré tout, la consécration d’un combat, d’un militantisme qui éprouvent plus d’un. Et de clore, nous dirons que ce n’est point cette reconnaissance qui pose problème aux parties en présence, c’est plutôt, sa non reconnaissance qui cristallise des clivages qui marquent souvent l’histoire des deux parties en conflit, tantôt apparents, le plus souvent occultes.
Langue, instrument de domination

« Durant des siècles, les envahisseurs ont voulu nous imposer l’idée que nous, kabyles, berbères, nous étions une minorité : en réalité nous sommes une majorité déchirée ».
Kateb Yacine
(cité par Manuel Suarez Rosales, op. cit ; p. 57).
Nous avons essayé de montrer que la langue fut, et est encore un moyen de domination qui se fonde sur une idéologie minutieusement élaborée en amont et mise en œuvre en aval dont l’objectif essentiel est d’assurer la conquête d’un espace déterminé, la domination de groupes définis.
Comment s’est opérée cette domination et quels sont les moyens mis en œuvre pour asseoir cette hégémonie ?
Le XVIIè siècle est marqué surtout par cette dualité dont plusieurs artisans de l’époque furent les chefs de file. Nous citerons notamment Malherbe qui s’efforça, non sans peine, de vouloir épurer et extirper de la langue française les emprunts, les néologismes aussi bien étrangers que provinciaux et consacra, pour ainsi dire, la supériorité de Paris, siège de la Couronne et du Pouvoir au reste du monde. Vaugelas le suivit dans cette entreprise dont les retombées seraient instrumentalisées par la suite par le colonialisme. Ainsi, le centralisme politique se traduisit inéluctablement par une centralisation linguistique qui rejeta et condamna toutes les autres langues qui, de ce fait, s’éloignèrent de l’ordre « logique » incarné arbitrairement par les artificiers de la supériorité de la langue parisienne (en fait du dialecte de l’Ile de France), et par la suite par celle des langues de tout l’Occident chrétien.
Plusieurs dialectes en France par exemple n’ont pas constitué de langue parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’être choisis comme lieu de pouvoir, ne donnent pas lieu à des réformes et à une planification qui sont incontestablement des actes de pouvoir. L’enquête menée en août 1790, juste après la Révolution française, par l’abbé Grégoire11 montre que la moitié de la population française ne comprenait pas la langue française que la Révolution voulait à tout prix lui imposer. L’impérialisme de ce mouvement se trouvait incarné par cette phrase de Barrère: « Chez un peuple libre, la langue doit être une et la même pour tous » ! D’où l’exclusion des langues dominées, notamment, le breton, l’alsacien, le basque, l’occitan, le corse, le catalan etc. qualifié, comme c’est le cas ailleurs, de « génocide culturel ».
La réunification linguistique s’est confondue avec la construction de la monarchie, processus qui a duré jusqu’à la révolution française12.
Le lourd héritage laissé par la Révolution Française peut se résumer dans deux grandes idées qui auront des conséquences énormes :
« Parler français c’est être patriote, le dialecte est un agent de désunion (étant entendu qu’alors est baptisé dialecte toute langue de l’hexagone qui n’est pas le français » 13. Les dialectes locaux tombent en « patois ». Le mot est révélateur. Sa signification, selon le dictionnaire de Furetière (1690) est définie comme suit : « langage corrompu et grossier, tel que celui du menu peuple »14.
De ces idées découle, au niveau de plusieurs pays, le fait que les locuteurs des autres langues sont mal considérés et, mieux encore, perçus comme éléments subversifs, ennemis de la langue officielle imposée.
Les expériences qui avaient été celles de la quasi-totalité des pays ayant vécu le joug d’une autre puissance montrent, sans équivoque aucune, que la langue a toujours été une redoutable arme aux mains du conquérant qui impose la sienne et de ce fait, marginalise et met en quarantaine la ou, suivant le cas, les langues du pays.
D’ailleurs Cheikh Hamidou Kane n’a pas hésité à affirmer que : « L’école étrangère est la forme nouvelle de la guerre que nous font ceux qui sont venus »15. Et de préciser, Jean Mouhoub Amrouche écrivait : « Et non seulement l’enfant était appelé à se développer dans la langue et la civilisation du colonisateur, mais il était contraint expressément de renier l’apport des siens,de le mépriser et d’en avoir honte »16.
Hormis l’Empire Ottoman qui semblerait ne pas avoir une politique linguistique précise puisqu’il n’a pas imposé le turc Osmanli aux provinces balkaniques et à celles du pourtour méditerranéen, malgré cinq siècles d’occupation. Et pour preuve, toutes les langues balkaniques connues et attestées au XIVème siècle ont survécu à la domination ottomane. Le turc Osmanli reste une langue raffinée et complexe qui se meut dans l’enceinte du Palais, de la Grande Porte, le cœur de l’Empire. Il est utilisé dans les actes officiels de l’Etat et dans l’Administration. A l’inverse, malgré sept siècles de domination dans le sud de l’Espagne, l’Andalousie, les Arabes n’ont pas pu imposer la langue, bien que l’espagnol regorge d’emprunts arabes. La langue swahili (Afrique de l’est) contient un quart de mots d’origine arabe. Toutes les autres « puissances » ont, à des degrés différents réussi à imposer leurs langues aux pays conquis. Il s’agit notamment de l’Arabe, du Portugais, de l’Espagnol, du Français, de l’Anglais, du Russe…
En Afrique francophone et anglophone, le choix s’est porté sur les langues des anciens colonisateurs en raison du compartimentage des pays. La diversité des langues locales et leur caractère tribal conflictuel ont facilité l’adoption de la langue du colonisateur. En réalité, le problème n’est pas aussi simple que le laisse croire cette explication voulue par les bourgeoisies compradores qui ont accédé au pouvoir avec les indépendances. Il est aussi un élément de la « nouvelle » idéologie qui perpétue l’ancienne.
Quelques exemples montrent cette diversité des langues locales. Le Cameroun (l’appellation n’a rien d’africain), dispose de plusieurs langues dont notamment: l’Ewondo, peul, haoussa (en réalité, le haoussa est une langue internationale parlée par au moins 35 millions de personnes), bassa ou koko. Le Soudan : bantoues, soudanais. Le Nigeria : ibo, le yoruba, le haousa. Intervient encore une fois, l’impact de l’idéologie coloniale adoptée par les bourgeoisies qui se sont accaparé le pouvoir avec les indépendances formelles des Etats. Cette idéologie considère que les langues tribales sont opposées par une forte tribalité. En réalité, en Afrique néo-coloniale, aussi bien francophone qu’anglophone, la revendication linguistique est quasiment absente dans les luttes pour la libération. Celles-ci insistent et focalisent sur « le contrôle impérialiste politique et économique ». La libération culturelle et linguistique n’était pas abordée. Même dans les revendications estudiantines des années 1945-1948, l’Africanisation de l’Université, reste muette sur ce point. Il faut attendre les années 68, pour voir apparaître la mention faite aux langues locales (Mémorandum sur l’Université de Dakar publié en 1968). Il prône l’alphabétisation des populations dans leurs langues. En 1972, les étudiants malgaches sont plus nets en utilisant des slogans plus claires : «Français langue des esclaves ». L’Afrique anglophone, en raison des indépendances intervenues plus tôt pendant les années soixante, étaient précurseurs dans ce domaine. Dès 1962, le Ghana soulevait déjà la question de la défense des langues nationales. La problématique linguistique a toujours été l’apanage des intellectuels, de surcroît, peu nombreux, coupés des masses. En dehors de la Guinée, par l’intermédiaire de Sékou-Touré qui avait lancé en 1972 une campagne pour les langues nationales, il semble que « le militantisme linguistique n’est jamais le fait des gouvernements en Afrique »17. Dans son discours prononcé à Conakry le 22 mars 1972, Sékou Touré déclarait que : « Si les Vietnamiens n’avaient pas eu leur langue, ils n’auraient pas résisté aussi vaillamment et aussi longtemps à l’agression américaine » ? Bien sûr comme écrivait Calvet : « le pouvoir est au bout du fusil et non pas au bout du dictionnaire »18.
L’impérialisme est aussi linguistique. Il se manifeste également au niveau des toponymes, des ethnonymes ou anthroponymes par l’imposition des formes arabes et des déformations des noms berbères. Et derrière cette imposition de noms défigurés et arabisés (les ayt qui deviennent béni (Béni Mguild, Béni Mtir…), assif devient oued…), ils occultent la spécificité et l’autonomie des groupes amazighe. Le pouvoir intervient également dans les noms de familles imposés et inscrits sur les livrets d’état-civil. Dans d’autres cas, les noms sont francisés ( El Kelaa des M’gouna, Petit Jean, Louis gentil…)
La péjoration des langues trouvées sur place et leur mépris est la constance des approches coloniales. Nous avons suffisamment mis l’accent sur la linguistique qui fut l’un des fondements du colonialisme.
En effet, la première tâche consiste à imposer la langue « noble », celle des nouveaux maîtres et/ou de la nouvelle religion. L’une des techniques utilisées dans cette manoeuvre de restructuration des nouveaux territoires réside, bien sûr, dans le mépris des langues locales, donc de leurs locuteurs, de leur histoire, de leur culture. La politique de la table rase du passé est l’apanage des conquérants qui s’investissent illico dans les nouvelles nominations de communautés, de lieux. Nous citerons quelques exemples:
Le sud du Sahara est désigné par les Arabes sous le terme de « Soudan » qui est l’équivalent de « noir ».
Des Indiens d’Amérique du Nord sont baptisés par le nom d’un anglais Lord de la Ware et devinrent les Delawars.
Certaines tribus amérindiennes adoptent des noms particuliers comme c’est le cas des nez percés.
Le Cameroun n’est autre que la transformation de « Rio dos camerros », le fleuve des crabes, nom donné par les navigateurs portugais au fleuve Wuri.
Ces nominations péjoratives dénotent du mépris manifeste de l’autre. Les différences linguistiques entre les langues dominées et la langue dominante sont converties en rapport d’infériorité et traduites en exclusion et discrimination.
Dans d’autres cas, le pouvoir tente d’imposer des langues artificielles, soi-disant fédératrices de plusieurs langues locales pour l’ériger en langue unifiée du pays.
La manipulation des langues est un acte politique de haute importance.
Quelques exemples montrent l’importance des enjeux de la langue instrumentalisée à des fins de conquête, de légitimation et de domination.
Le cas de l’Inde est révélateur pour plusieurs raisons. La multiplicité des langues nationales et régionales, celle des confessions et des influences extérieures. Comment ce pays, devenu au fil des décennies une grande démocratie reconnue, a-t-il dépassé les clivages et les conflits inhérents à cette mosaïque ethnique et linguistique ?
Les conflits entre le hindi et l’ourdou à la fin du XIX s’expliquaient par le fait que « la majorité des indiens ne se reconnaissaient plus dans le modèle persanisé et islamisé de l’ourdou, fruit de la domination musulmane et mogole »19. D’après l’édition de 1999 du World Almanac, il est la langue la plus parlée de l’Inde. 360 millions l’utilisent comme première langue. L’ourdou n’était langue ethnique que pour la minorité aristocratique musulmane au pouvoir et que plus des trois quarts de la population étaient de langue télougou. « En 1920, l’Université Osmania, fondée en 1918 à Hyderabad, capitale de l’Etat, adopta l’ourdou comme langue d’enseignement, ce qui ne s’était jamais vu à ce niveau en Inde »20.
A partir de 1857, dans cette partie de l’Empire Britannique qui deviendra le Pakistan, les musulmans sont majoritaires, l’ourdou a remplacé le persan et deviendra langue d’école et des tribunaux. L’ourdou, au départ était la langue véhiculaire de l’Empire Mogol puis celle de l’Armée des Indes.
Au Cachemire, l’ourdou jouissait d’un grand prestige en raison des influences de la culture arabo-persane. En 1888 l’ourdou devenait langue officielle des tribunaux de la vallée de Jammou. Jusqu’en 1948, l’ourdou sera majoritairement utilisé dans les services officiels mais le Secrétariat du gouvernement princier maintenait l’anglais à côté de l’ourdou. L’ourdou est vécu par les élites politiques de l’époque comme faisant partie de l’héritage national contre l’anglais. Depuis 1947, l’ourdou fut la langue officielle de tout le Cachemire, dans ses deux parties pakistanaise et indienne.
Avec l’arrivée de Gandhi, celui-ci prônait l’utilisation d’une langue panindienne, « vivante et qui progresse ». Les réactions des élites musulmanes ne tardèrent à suspecter cette manœuvre au sein d’une Inde unitaire majoritairement hindoue où le sort des minorités musulmanes en dépendrait.

En Grèce, depuis longtemps, le dimotiki était choisi comme langue officielle. Pendant longtemps les opposants ont dénoncé le fait que la « Katharévousa » fût une langue imposée. Maintenant, le « démotique », c’est à dire, la langue du peuple, est devenue langue officielle.
Pierre Verin souligne, en ce qui concerne l’île Maurice, la Réunion que : « L’insularité stimule le sentiment d’originalité culturelle mais aussi accélère la différenciation linguistique issue d’un tronc commun. L’île de France (île Maurice) et Bourbon (devenue la Réunion) ont été un relais important des Français sur la route des Indes ».21
Ces pays ont été marqués par une réelle compétition entre les langues des colonisateurs, français et anglais, mais aussi entre celles des colonisés.

L’île Maurice avait connu la prédominance du Français, alors que le Créole fut considéré comme un vulgaire patois sans importance. Paradoxalement, le français ne fut pas consacré comme langue officielle du pays. En revanche, l’anglais était utilisé dans toutes les affaires officielles. Il jouissait d’une certaine neutralité. Dans la réalité quotidienne, le français, l’anglais et l’indou cohabitent sans heurts notoires.
Les Comores occupés en 1886 deviennent à partir de 1912 une dépendance de Madagascar « la colonie d’une colonie ». La population est musulmane. Comme dans le reste des colonies, la langue arabe est utilisée pour les besoins religieux.
A Madagascar, le malgache investit les domaines religieux et administratif. Signalons que le malgache du Sud-Est avait adopté une graphie arabe. Le français était dominant pendant les années soixante. A partir de 1972, le pays s’est révolté contre cette dernière. Le français étant perçu comme la langue de l’esclavage.
Dans la région de l’Océan Indien Occidental, le renforcement et la prééminence du Français sont tributaires essentiellement du rôle joué par les médias dont notamment la télévision.
Le cas des pays baltes est aussi caractéristique dans la mesure où la domination de la langue russe n’a pas réussi totalement à affaiblir et exterminer les langues locales malgré la forte emprise du système totalitaire. Comment ces Républiques ont transcendé cette problématique ?
L’Albanie est un pays multiconfessionnel et multilinguistique. Les musulmans représentent 70% de la population, les orthodoxes 20 % et les catholiques 10%.
Les deux grandes langues utilisées dans le pays sont le Tosque et le Guègue qui se comprennent sans difficulté. Elles sont subdivisées en plusieurs sous dialectes.
En réalité, les deux langues albanaises n’ont jamais connu de rapports conflictuels, car il ne s’agit pas de deux langues distinctes, mais d’une seule simplement bi dialectale.
La langue devrait être l’expression d’un pouvoir politique issu du Sud, donc tosque. Pour assurer sa domination sur le Nord, l’Etat entreprit une conquête territoriale par la langue. Il s’agissait d’adapter la langue aux transformations de la société, et pour ce faire, le contrôle de la langue s’imposait.
La langue a également joué un rôle important dans l’ex-Yougoslavie dont le serbo-croate est la principale langue. Il s’agit en réalité de plusieurs langues : le serbe, le croate, le bosniaque, le monténégrin. Toutes ces dernières semblent s’opposer à un pouvoir central qui vise par une politique d’unification linguistique forcée, à asseoir son hégémonie et à empêcher les peuples de l’Etat qu’il domine de recouvrer sa liberté notamment22.
Le serbo-croate y aurait été unifié d’une façon factice et imposé à plusieurs peuples sans pour autant « tuer » les langues originelles. L’autoritarisme politique marxiste a le grand mérite d’avoir maintenu et laissé en vie les langues locales. Dès que les peuples de la région ont recouvré leur liberté, ils ont pu facilement accéder chacun à sa langue légitime : le serbe dans la nouvelle Yougoslavie, le croate en République de Croatie, le bosniaque en Bosnie-Herzégovine.
En Amérique du Sud, plusieurs dialectes sont encore parlés comme le quechna, le nahuaa. On se limitera ici à signaler deux importantes tendances : face à l’espagnol, les langues locales se maintiennent et évoluent normalement et ne sont pas menacées d’extinction. En revanche, les langues indiennes d’Amérique du Nord sont menacées, eu égard à l’attrait de l’anglais et à sa politique d’assimilation.
CONCLUSION
Il ressort de cette analyse que le multilinguisme est une donnée essentielle de la communauté humaine. Le monolinguisme est inexistant. Chaque communauté linguistique met tout en œuvre pour sauvegarder son idiome et, partant, son identité et sa culture.
Par ailleurs, la langue est ainsi un instrument multifonctionnel de conquête et de domination. Elle est un produit et un fait social.

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    Merci beaucoup notre professeur EL Manouar une autre fois;ton article est bien analysé;et bien expliqué;vous avez raison lorsque vous dites que la langue est un instrument de dominer l’autre dans tout les .domaines .Pour qu’un peuple ou un état se progresse il faudrait qu’il impose sa langue et la respecte.Nous Imazighen nous avons besoin de notre langue Amazighe et l’investir dans tout les niveaux pour qu’on soit au niveau des autres peuples qui respecte bien-sur leurs langues;citons comme exemple le hébreux;avant la plupart des gens pensaient que cette langue était morte;mais grace aux h&breux il apparait comme langue des sciences et des lettres ;imposée au moins dans l’état hébreux;par contre Imazighen marginalisent tamazighte et encouragent des langues des autres. P