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أخر تحديث : mercredi 4 mai 2016 - 7:36

Vient de paraître: Ce que dit le roseau par Hassan Aourid

Mohamed EL MANOUARPréface par Mohamed El Manouar
Sous une plume légère et raffinée vient de paraître, un florilège dédié à la gloire des aïeux de vingt-huit poèmes amazighes, composés entre février et mars 2012 dont un en 2014, où le parler de Talilalet et celui des Ayt Izdeg se conjuguent en parfaite symbiose pour donner aux poèmes une saveur ravissante et mielleuse, accompagnés d’une traduction française aussi délicieuse, vient de naître. Il est signé de Hassan Aourid qui nous surprend par ses airs poétiques exquis, sa maîtrise de sa langue maternelle, ses métaphores et ses insinuations à couper le souffle. L’auteur, en écrivant en Tamazight relève ainsi le défi qui lui avait été lancé par Moumen Ali Safi, à savoir pourquoi ne pas écrire en Tamazight ? Conscient de l’enjeu, tout est à son honneur. C’est chose faite. Les textes sont écrits en Tamazight et avec maestria.
Dans sa substance, sa subtilité, sa finesse, cette série de poèmes est toute faite de métaphores feutrées, de douceur exquise, d’une consistance incommensurable. Elle est une allégorie poussée au firmament de la production du dit, du non-dit et du mal dit. Elle est un souffle de vie constant. Elle est l’expression d’un vécu dans sa diversité, sa pluralité, ses amours, ses chagrins, ses déceptions, ses amertumes. Caustiques, ces poèmes colportent des choses qui lient l’auteur à la vie d’ici et d’ailleurs. Sans concession, le poète n’a pas l’épine sur la langue. Il porte des messages dans des codes singuliers. Avec des jeux de mots et sans état d’âme, il raconte prestement les affres du passé et du présent dans un style envoûtant et poignant. Il est le témoin insoumis de son temps dans un tumulte où La Fontaine avec ses fables se réveille pour être de la partie. Les serpents, le lion, le cheval, la vache, le hérisson, les vautours et les chiens meublent cette fresque insolite qui nous rappelle les temps où les animaux causent et décident de la destinée de l’homme, ce cultivateur assidu, vertueux, mais sans armes. Le tribunal des bestiaux accable l’homme de toutes les tares les plus sordides : l’insatisfaction, la traitrise, l’ingratitude…
Sur le plan des thématiques, le recueil a su ainsi se faire multiforme. Un repentir, un regret d’avoir tourné le dos sans le vouloir à soi-même, mais « l’eau bénite » le fera retourner au bercail. Après avoir bu le lait de « tarir », il se retrouvera, se réveillera pour retrouver le chemin des siens. Une nostalgie des aïeux marque fortement l’attachement de l’auteur-poète à ses origines, à sa langue , à son histoire et aux valeurs indélébiles qu’elles incarnent et qui ne peuvent d’un simple revers de main disparaître dans un monde cruel, un monde fait de compromissions, d’hypocrisie, de manigances et d’intrigues, un monde où les vils semblent prendre le dessus par leur platitude et leur jactance. Une forteresse aveugle où les poules « se métamorphosent en vautours ». Dans « la grotte des bandits », « la bonne foi et la mauvaise ne peuvent faire bon ménage ». Dans cette taverne, que de démarches ourdies, sournoises et pernicieuses qui ne visent qu’un seul but, se débarrasser d’un intrus aux propos jugés incongrus et sans couture apparente. Il quitte ces antres pour retrouver la liberté de respirer l’air salvateur du pays et de la proximité où il a retrouvé chaussure à son pied.
L’envol et la liberté de planer au-dessus des monts, la fuite hors des remparts restent l’ultime refuge, la seule issue de recouvrer la liberté de pensée, la liberté d’esprit, « la philosophie du non » de Gaston Bachelard, d’A. Camus, du philosophe Alain et d’autres qui disent non pour dire oui à la vérité.
Dans cette pénombre, le poète rumine certaines tranches d’une vie passée, scrute ce qui se passe autour de lui, spectacle qui le met en émoi, hors de lui. Sa langue se délie. Plusieurs se plaisent à l’écouter. D’autres ne peuvent comprendre ses propos malgré leur douceur lénifiante. Ces poèmes sont une lame de fond qui vient du fond de l’âme ; ils sont irrésistibles et sans concession.
Ses poèmes sont imagés et faits dans une alchimie de bonheur. Chaque verbe, chaque mot ponctue allègrement la joie, la détresse, l’incertitude d’un instant, les morsures, le retour aux aïeux dans toute leur sagesse, leur simplicité et leur attachement viscéral à l’honneur et aux valeurs de cette terre, de leur terre.
Les mots glapissent joyeusement dans tous les sons, dans tous les sens, font rêver, hallucinent par leur connotation sublime, intriguent par leur tournure magique, hors du temps et dans le temps. Notre poésie est dans nos âmes. Elle est notre façon de dire ce que l’on ne peut dire.
Certains de ces poèmes nous plongent dans l’histoire ancienne des imazighen. Leur largesse sans drain, leur noblesse intuitive sont simplement évidentes. Une histoire oblongue dans la dimension du temps. Elle est celle des nations qui se sont mesurées avec le temps. « Les morts ne meurent jamais quand ils habitent les cœurs de ceux qui les aiment ». En effet, que dire de Massinissa, de Yugerten, des Juba, de Tarik, du fils de Tachefin et des autres, nombreux et essaimés qui se sont faits par leurs mérites et non par leur filiation. Fallait-il être fils d’un tel pour être un tel .
Les ayt Ufella, le taleb, tifullusines (les poules) et d’autres protagonistes sont omniprésents dans cette fresque inhabituelle et délicieuse.
Nous sommes en présence d’un recueil d’un truisme prégnant qui dégage une fragrance agréable et qui manifeste une sorte d’élixir roboratif de la poésie amazighe qui exprime in petto l’écume du passé et du présent. Mon seul regret est qu’il ne soit pas transcrit aussi en graphie tifinaghe qui lui permettrait d’être un support didactique pour l’enseignement de tamazight.
Nous laissons au lecteur le soin de débusquer et de déguster ces merveilles qui viennent du fond d’une âme meurtrie par les humeurs volages et imprévisibles du lion qui « n’aime jamais être redevable à celui qui lui vient en aide, sinon il n’est plus lion » dit le poème.
Pour clore, je dirai avec Henri Michaux : «  ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi » avec Goethe : « Deviens ce que tu es et avec amedyaz amazighe :
ⵎⵇⵇⴰⵔ ⵢⴰⴷ ⴰⴽ ⵉⵍⵍⴰ ⵎⴰ ⵓⵔ ⵉⵍⵍⵉⵏ
ⴰⵡⴰ ⵜⵙⵓⵍ ⵜⴰⵜⴼⵉ ⴰⴷ ⴰⴽ ⵜⴳⵔ ⴰⵢⴰⵡⴰⵍ
Mqqar yad ak illa ma wr illin
Hat isul laзfu ad ak igr a yawal
Adviendra que pourra
Par guérir tu finiras
Mohamed El Manouar
Rbat, ⴰⵢⵏⴰⵙ 17 ⵢⵓⵏⵢⵓ 2963
Rabat, le17 juin 2013.

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